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Le point sur les marchés

27 novembre 2019

Les présidents en procès

L’histoire laisse entrevoir comment les marchés réagiront à la destitution de Trump.

Presque depuis le jour où il s’est porté candidat à la présidence des États-Unis, Donald Trump se retrouve sous enquête. Après avoir congédié le directeur du FBI James Comey et après avoir vu Robert Mueller investiguer sur une possible collusion entre son équipe de campagne et la Russie, le président risque la destitution pour avoir présumément retenu 400 millions de dollars d’aide militaire à l’Ukraine jusqu’à ce que le gouvernement de ce pays accepte d’enquêter sur son rival à la présidentielle Joe Biden.

Mais il y a l’autre Trump – celui qui a fait remonter la bourse le soir de son élection, en promettant de baisser massivement l’impôt des particuliers et des entreprises. Il a tenu parole et, durant les mois qui ont suivi son élection, un « effet Trump » a contribué à propulser le S&P 500 vers une série de sommets historiques.

Ce divorce entre une Maison-Blanche assiégée et un marché boursier qui a pratiquement fait fi du chaos permanent entourant le président soulève une question : Qu’adviendra-t-il si Donald Trump est officiellement mis en accusation ou s’il devient le premier président des États-Unis à être destitué de ses fonctions?

Pour avoir une idée de ce qui pourrait arriver, examinons comment les marchés boursiers et obligataires ont réagi à la procédure de destitution engagée contre trois autres présidents américains – Andrew Johnson, Richard Nixon et Bill Clinton.

Andrew Johnson : 17e président des États-Unis, 1865-1869

Artefacts

Le républicain Andrew Johnson a accédé à la présidence après l’assassinat d’Abraham Lincoln le 14 avril 1865. Il a ensuite fait campagne en faveur de la réintégration des États confédérés sécessionnistes. Pour faire avancer sa cause, il a limogé le secrétaire à la Guerre nommé par le Congrès et subi un procès en destitution.

À l’époque, les États-Unis s’industrialisaient rapidement. L’économie a crû de 600 % entre 1865 et 1900, produisant l’un des plus longs marchés haussiers de l’histoire. C’est peut-être la raison pour laquelle la bourse avait monté avant que la Chambre des représentants ne tente de destituer le président Johnson . Le marché a alors stagné, mais les actions se sont redressées lorsque le Sénat n’a pas voté la destitution de Johnson.

Le marché obligataire s’est également redressé pendant la procédure de destitution. Les marchés financiers ont certes beaucoup changé, rendant difficile d’établir une comparaison directe avec cette époque. Il existe cependant des parallèles entre la réaction des marchés boursiers à la procédure de destitution de Johnson et la situation prévalant sous Clinton et Trump.


Richard Nixon : 37e président des États-Unis, 1969-1974

Artefacts

Le début de la fin de la présidence de Richard Nixon remonte au 17 juin 1972, lorsque cinq individus directement liés à la Maison-Blanche ont été surpris en train de cambrioler les bureaux du comité national démocrate au complexe du Watergate à Washington. La Chambre des représentants a fini par adopter trois articles de mise en accusation du président Nixon, notamment pour entrave à la justice. Cependant, le président a démissionné avant d’être officiellement destitué (le seul président américain à l’avoir fait).

Malgré l’intensité dramatique de cette affaire, les politiques économiques de Nixon ont façonné sa présidence tout autant que le Watergate. Certaines de ces politiques (les « chocs de Nixon ») ont peut-être même aggravé la récession qui a touché les États-Unis de novembre 1973 à mars 1975.

Ainsi, en 1971, Nixon a unilatéralement mis fin aux accords de Bretton Woods – sur lesquels reposait l’ordre économique international depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Dans la foulée, les marchés mondiaux sont partis en vrille et le dollar américain a fortement baissé.

Pour lutter contre une inflation à 12 %, Nixon a également introduit le contrôle des salaires et des prix – intervention spectaculaire dans le secteur privé qui a finalement échoué. Par ailleurs, en 1973, l’embargo pétrolier de l’OPEP a fait grimper le prix du pétrole de près de 400 %. Tout ceci s’est joué dans le contexte de la guerre du Vietnam et d’une vaste agitation sociale.

Sans négliger l’influence de ces politiques et de ces événements, on constate que le S&P 500 a constamment reculé entre approximativement le 1er janvier 1973 et le jour de la démission de Nixon en août 1974, tel qu’il ressort du graphique ci-dessous. Au total, l’indice a perdu environ 50 % de sa valeur durant cette période.

Le S&P 500 a monté de 37 % durant l’année suivant le départ de Nixon, mais il n’est pas évident d’établir un lien direct entre la démission du président et ce rebond du marché. De plus, la remontée des cours faisait suite à un marché baissier durant lequel le S&P 500 avait chuté de près de 50 %.

La Réserve fédérale américaine se retrouvait dans une situation délicate au temps de Nixon. Elle devait faire face à la fois à la montée du chômage et à une inflation galopante – un phénomène appelé stagflation. Ce dilemme s’est reflété dans le taux de la Fed, qui s’établissait à 5,6 % le jour de l’élection de Nixon le 5 novembre 1968 et avait grimpé à presque 12 % au moment de sa démission. Durant cette période, le taux des obligations à 10 ans du Trésor américain a atteint un pic de 8,22 % au gré du relèvement et de l’abaissement des taux d’intérêt par la Fed.

En définitive, est-ce l’économie ou le Watergate qui a le plus marqué les marchés boursiers et obligataires? Il est clair que le S&P 500 avait plafonné quelques mois après le cambriolage du Watergate et que l’inflation galopante et la hausse des taux d’intérêt ont nui aux actions. Par ailleurs, le fort rebond du marché semble indiquer que les investisseurs ont été plus influencés par la perspective de l’émergence d’une économie plus forte que par le départ de Nixon.

Frappé par la récession, le marché boursier s’est effondré pendant la procédure de destitution de Nixon

Le graphique compare le rendement de trois indicateurs économiques à partir de l’élection du président Richard Nixon jusqu’à sa démission. Les trois indicateurs utilisés comprennent le taux de la Fed, le rendement de l’indice S&P500 et le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans.


Bill Clinton : 42e président des États-Unis, 1993-2001

Artefacts

La procédure de destitution du président Bill Clinton a été lancée le 8 octobre 1998. Le président était accusé d’entrave à la justice, notamment du fait de sa relation avec une stagiaire de la Maison-Blanche, Monica Lewinsky.

Comparativement aux turbulences économiques qui avaient marqué la présidence de Nixon, l’ère Clinton a été plutôt calme (hormis la destitution). Les marchés ont certes été déstabilisés par moments, notamment lors de la crise monétaire asiatique. Cependant, Clinton n’a pas dû composer avec une récession, un effondrement boursier ou une guerre de grande envergure.

Au contraire, l’entrée en fonction de Clinton a coïncidé avec le début d’une décennie d’expansion économique. Durant son mandat, le PIB américain a crû de 3,8 % par année en moyenne et l’inflation est tombée à son plus bas niveau en 30 ans, se situant autour de 2,6 % par année. La réalisation économique la plus marquante du président aura peut-être été le rétablissement de la discipline budgétaire, caractérisée par des excédents qui ont atteint la somme record de 237 milliards de dollars américains durant l’exercice 2000.

La bonne santé de l’économie a transparu sur le marché boursier, qui a connu six années de hausse tirée par les titres technologiques, dans ce qu’on a appelé la « vague des technos ». Il était clair que les investisseurs ne voulaient pas que cette vague retombe, malgré que le S&P 500 ait perdu environ 10 % durant les six semaines précédant la décision de mettre le président en accusation.

En 1998, le S&P 500 a gagné 27 % et l’économie a crû de 4,5 %. Au moment où Clinton a été acquitté par le Sénat en février 1999, toute cette affaire de destitution ne semblait guère plus qu’une distraction aux yeux des investisseurs.

Sous l’administration Clinton, le taux de la Fed est resté relativement stable; il est passé de 3,02 % lorsque le président a été assermenté le 5 janvier 1993 à 4,8 % lorsqu’il a été acquitté le 12 février 1999. Durant la même période, le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans n’a pratiquement pas bougé, passant de 6,3 % à 5,3 %.

Comme dans le cas de Nixon, il est difficile de dire si le marché boursier a été plus influencé par les fondamentaux de l’économie ou par la procédure de destitution. Nous pouvons affirmer que la révolution technologique et la vigueur de l’économie ont contribué à faire monter les actions. Il faudrait peut-être se demander plutôt si le S&P 500 aurait pu faire encore mieux sans la mise en accusation de Clinton.

Sous l’administration Clinton, le marché boursier a profité de la croissance économique

Le graphique compare le rendement de trois indicateurs économiques à partir de l’élection du président Bill Clinton jusqu’à son acquittement. Les trois indicateurs utilisés comprennent le taux de la Fed, le rendement de l’indice S&P500 et le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans.


Donald Trump : 45e président des États-Unis, depuis 2017

Artefacts

Lorsqu’un journaliste lui a demandé ce qui arriverait s’il était destitué, le président Trump a répondu sans détour : « La bourse va s’effondrer. » Jusqu’à maintenant, les investisseurs ne semblent pas de cet avis, puisque le marché fait fi de l’enquête en destitution du président.

La procédure de destitution survient au moment où l’économie et la bourse américaines battent des records. L’économie en est à sa douzième année d’expansion, du jamais vu depuis 1854. De son côté, le S&P 500 surfe sur une vague haussière amorcée en mars 2009 – là encore, la plus longue de l’histoire récente.

Contrairement à Nixon, mais à l’instar de Clinton, Trump peut invoquer une série d’indicateurs économiques à l’appui de sa réussite apparente, y compris un chômage au plus bas. Cependant, Clinton et Trump ont mené des politiques économiques très différentes. Tandis que Clinton a haussé les impôts des plus riches, Trump a fait l’inverse en abaissant massivement l’impôt des sociétés et des particuliers.

Les partisans de ces baisses d’impôt soutiennent qu’elles ont contribué à stimuler la croissance et soutenu la progression record du S&P 500. Cet « effet Trump » s’est peut-être quelque peu estompé et nous ignorons encore comment le marché réagirait à la destitution d’un président qu’il apprécie.

Il est cependant instructif de regarder comment le marché a réagi récemment aux péripéties imprévisibles qui caractérisent la présidence de Trump. Les exemples sont nombreux, comme la demande maintes fois adressée au président de la Fed Jerome Powell d’instaurer des taux d’intérêt négatifs – sans oublier la tentative actuelle de destitution.

Quelle a été la réaction du marché? Il y a bien eu de petits soubresauts, mais rien de significatif. De fait, le troisième jour de la télédiffusion de l’enquête en destitution, le S&P 500 et le Dow ont franchi de nouveaux sommets après que la Maison-Blanche a annoncé des progrès apparents dans les négociations commerciales avec la Chine.

Comme à l’époque de Johnson et de Clinton, les marchés ont regardé au-delà de la procédure de destitution pour se concentrer sur les fondamentaux de l’économie. La chute du S&P 500 sous Nixon fait exception, dans un contexte où l’économie s’enfonçait dans la récession.

Pourtant, les politiques de Trump et de Nixon ont un point commun qui risque d’affecter directement le marché – peut-être davantage qu’une éventuelle destitution. Ainsi, l’abandon unilatéral de Bretton Woods par Nixon a ébranlé le système financier mondial. De même, Trump a abandonné d’importants traités internationaux et imposé la réécriture d’un certain nombre d’accords commerciaux en brandissant la menace de tarifs.

Le président Trump est désormais engagé dans un affrontement de longue durée avec la Chine, dont l’issue éclipse sans doute tous les autres aspects de sa politique. À en juger par la réaction du marché jusqu’à maintenant, il est difficile d’imaginer un autre résultat qu’un dégagement du S&P 500 si ce conflit devait déboucher sur des tarifs plus élevés et un nouveau ralentissement de l’économie mondiale.

Ainsi, c’est la guerre commerciale sino-américaine qui distingue Trump de ses prédécesseurs. L’issue de ce conflit pourrait mettre à mal le marché davantage qu’une destitution du président.

Malgré les controverses, le marché boursier a poursuivi sa remontée sous l’administration Trump

Le graphique compare le rendement de trois indicateurs économiques à partir de l’élection du président Donald Trump jusqu’à aujourd’hui. Les trois indicateurs utilisés comprennent le taux de la Fed, le rendement de l’indice S&P500 et le taux des obligations du Trésor américain à 10 ans.

Trump risque-t-il d’être démis de ses fonctions? – Ce n’est guère probable

Sauf révélation d’un crime inacceptable aux yeux des Républicains, il est difficile d’imaginer que le président Trump soit démis de ses fonctions. En effet, puisqu’il jouit de l’appui solide de près de 90 % des électeurs républicains inscrits, il est peu probable que 20 sénateurs républicains (le nombre nécessaire pour chasser Trump) prennent le risque de briser les rangs en votant avec les Démocrates.

Si Trump était forcé de quitter son poste, le vice-président Mike Pence lui succéderait. Aux yeux de la base électorale de Trump (peut-être jusqu’à 20 % des électeurs), ceci apparaîtrait ni plus ni moins comme un coup d’État de l’establishment. Il suffirait qu’une bonne partie de ces loyalistes désabusés s’abstiennent de voter aux prochaines élections pour que les Démocrates aient plus de chances de remporter les États clés de la « ceinture de rouille » qui ont porté Trump à la présidence.

Plus qu’un départ de Trump, c’est l’identité de la personne semblant la plus susceptible d’obtenir l’investiture démocrate qui risque d’inquiéter le marché. Par exemple, les commentateurs de Wall Street critiquent la favorite Elizabeth Warren pour ses propositions qu’ils jugent interventionnistes, comme le démembrement de grandes sociétés technologiques et le freinage de la croissance du secteur de l’énergie. Les marchés pourraient préférer l’ex-vice-président Joe Biden, qui arrive en tête des sondages dans de nombreux États clés pour gagner les élections avec des politiques plus centristes.

En définitive, il est peu probable que le président Trump soit destitué. Une fois cette affaire terminée, le marché se concentrera de nouveau sur les élections et l’économie.


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